Cette rubrique vous présente des chantiers ou des réflexions de l'auteur.
Merci de nous dire votre avis ou vos pensées à propos de ces mots à partager.
Que ces textes soient pour vous commme la part intime d'un livre ouvert...


Poèmes inédits pour les enfants 2014

Poèmes à la môme ( extraits)

ÇA

Ça casse ou ça passe.
Ça glisse ou ça kiffe.
Ça glose ou ça cause.
Ça vit ou ça life.

Ça lisse ou ça hisse.
Ça classe ou c'est classe.
Ça craint ou ça croit.
En rien. En Dieu. En soi.

Mais au-delà,
L'existence,
Ça n'aurait pas de sens,
Sans ça,
Sans ça,
Sans ça,
Sans savoir aimer.


Poème élastique

Je
t’écris
un poème
qui va grandir,
s’allonger d’un pied
à chaque vers tracé
sans plus jamais s’arrêter
jusqu’à remplir tout l’Univers
(veux-tu m’aider à le rétrécir ?)
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QUATRAINS POUR PRESQUE RIEN


C’est vrai que ça ne rime à rien
un p’tit poème pas plus haut que trois pommes
un p’tit poème pas plus gros qu’un poussin
un p’tit poème pas pour les grands hommes

C’est vrai que ça ne rime à rien
un p’tit poème pas plus profond qu’un ru
un p’tit poème ni du mal ni du bien
un p’tit poème entrevu dans la rue

C’est vrai que ça ne rime à rien
un p’tit poème pas à pas
sauf si ce pas est un chemin
ce p’tit poème ah qui vient là

On dit qu’il mènera à tout
si on chante ses douze vers
quatre quatrains rien que pour nous
presque rien et tout l’univers


MES EMPREINTES


Mes pas me devancent toujours un peu.
Mes pas sont l’instant d’après .
Pourtant, je ne cours pas.

Je mets ces pas dans les pas de mon père.
Ensuite, je mets ces pas dans les miens.
Ils passent, jamais au passé.

L’empreinte de mes pas dans le sable ne dure pas.
L’empreinte de mes pas dans l’herbe mouillée
ne se voit même pas.

Souvent, c’est en soi ,au fond,
que l’on marche.
Pas à pas, on remonte sa langue.

On se promène dans les songes,
on s’assied sur un souci,
puis on repart, léger.

Je mets ces autres pas dans les pas de mon père.
Ensuite, je mets ces pas dans les miens.
Parfois, je me dépasse.

Quelle distraction, allons, voilà que je me dépasse !
D’habitude, j’arrive à me suivre.
Je pense, donc je me suis.



CE QU’ON DIT EN PASSANT

j’ai glissé sur des feuilles
et l’arbre m’a dit pardon
- de rien, mon tronc, lui ai-je répondu

comment vas-tu petit frère
est-ce qu’on est encore loin
- tais-toi et marche, lui dit l’autre pied

- il a tellement plu dit la flaque
- tu exagères ma petite goutte
répond le lac

- toi et moi rien qu’à deux ça le fait
dit une île à la mer
qui dort sur son épaule

- quand bien même je serais un saumon ou pas
s’il vous plaît bougez-vous de ma rivière
moi je remonte

- je suis un plus gros caillou que toi
- oui, chère montagne, je me sais colline
mais c’est moi que la mer touche quand elle danse


CHANGER LE MONDE

Changer le monde commence dans ma chambre.
Il faudra bien la ranger.
Changer le monde commence ici, dans un petit pays.
Je verrai les déserts ensuite.
Je suis changeur de monde, mais je vais à l'école.
Les montagnes et forêts me remercient de loin.
Changer le monde, j'y passe un de ces temps.
Fermer les centrales, donner plus d'ailes au vent,
parler à une étoile, qu'elle reste au levant,
protester dans la rue, rire partout ailleurs,
changer le monde avant que je compte les heures, que je devienne grand.
En fait, ça m'arrangerait
que vous changiez le monde avec moi.

POÈME EN CHEMIN

C'est justement pour toi
que j'ai le coeur qui bat
et puis la main qui chante.
Misère sur le monde,
le sang n'est pas couché,
tel un soleil trop rouge,
mais ici, où nous sommes,
c'est un silence à deux
face à nos paysages.
Nous regardons bien l'herbe
qui n'en fait qu'à sa tête
et, dans le vent, le blé
qui bleuit pour craquer.
C'est justement pour toi
qu'à vélo je vais vite,
que la bise m'invite
à rouler tant et plus.
Au bout de ce chemin
où va mon cœur qui bat
et puis la main qui chante,
je sais que tu m'attends.



POÈME POUR AVOIR UN MÉTIER

Un type qui ne savait pas quoi dire
soudain se mit à écrire
un type qui ne savait pas quoi faire
décida d'être un poème

Faire poème dans la vie
est un métier périlleux
bien des gens et pas des moindres
sont tombés au bout d'une phrase
ou sont restés trop au bord
pour attraper un paysage

Être poème ça peut faire tache
et pas seulement sur un papier
ça oblige à en faire peu
tout en rêvant de grands espaces
être poème ça rapporte
même parfois des ennuis

Mais celui qui ne savait pas quoi
a trouvé sa parole
Mais celui qui ne savait pas quoi
professe qu'il est heureux comme ça
pas trop de virgules dans ses jours
qui s’écoulent librement
la vie enfin et zut au point final















POEME POUR RETROUVER LA PONCTUATION

Sur la feuille rien
mais j’ai encore une virgule
à la place de la langue
mes oreilles entre parenthèses
se ferment sur mes cils entre guillements

Ah les mots comme ils filent
comme ils filment la vie en action
sans diction comme ils plongent
sans faire le point ni le pont
ah comme ils font
sans ponctuation

Tiens les revoilà
un peu d’ordre messieurs dames
au secours
« ?,. ;/ :§ () ! ?,. ;/ :§ () !
?,. ;/ :§ () !
?,. ;/ :§ () !
?,. ;/ :§ () ! »


POÈME POUR DONNER UN BAISER


Je crois que je vais faire la goutte d'eau ce matin.
Je vais tomber du ciel de mon lit,
bâiller quelques nuages, prendre ma douche,
je vais traverser un couloir long comme un ciel,
descendre l'escalier à grands pas de goutte,
puis sur ta joue, sans un mot, éclater.

Je crois que, pour ce baiser,
je vais faire la goutte d'eau ce matin.





POEME POUR APPRENDRE A CONJUGUER



J’étoile, tu étoiles, il étoile, nous étoilons, vous étoilez,
ils brillent un peu, les mots.
J’infinis, tu infinis, elle infinit, nous infinissons, vous infinissez,
elles s’allongent un peu, les phrases.
Je nuage, tu nuages, il nuage, nous nuagons, vous nuagez,
ils rajoutent du ciel bleu, les stylos.
Je page, tu pages, elle page, nous pageons, vous pagez,
elles vivent hors des lignes, les idées.
Je queneau, tu michaux, il prévert , nous tardieusons, vous jacobez, ils norgent.
Je poème, tu poèmes, il poème, nous poèmons, vous poèmez,
hé l’art po, au présent, on dirait qu’ils l’aiment.



L'AUSTRALIE

C'est pas la porte à côté
d'aller chez les kangourous.
J'attends le bus pour l'Australie.
Le panneau indique: la Croix-Rousse.
Je crois que c'est encore la ville.
Le bus doit bien partir plus loin,
peut-être vers un autre quartier,
peut-être ailleurs, jusqu'à Sydney.
Dans ma poche, j'ai un plan,
deux sous et quelques carnets.
Des chansons pour les kangourous,
j'en écrirai à chaque arrêt.
Je me sens des jambes élastiques
à l'idée de me faire des amis
sur l'autre moitié de ce monde.
Mon avenir n'est pas l'étoile,
c'est à moi de briller un peu,
un kangourou pour sautiller
près d'un bus un peu fatigué
et, sur mon palier, l'Australie.

POESIE DE GASPESIE

En haut des conifères, je ne saurais aller,
les branches sont trop fragiles, elles se briseraient.
Mais je voudrais savoir si, là-haut,
on peut voir la mer, on peut voir l’orage,
les bateaux, l’horizon qui plonge
entre le ciel et l’eau, dans un endroit secret
que seules les baleines connaissent.
Soudain, c’est un de ces arbres
qui se penche et m’invite à monter.
“ Viens sentir comme l’air est salé,
me dit le conifère.
En haut des vagues, je ne saurais aller,
mais je veux te montrer la mer, l’orage,
les bateaux, l’horizon qui plonge
entre le ciel et l’eau, dans cet endroit secret
où les baleines ce soir vont chanter ”.

MAUX DE MOTS

Pasque j'ai maux z’aux dents
je parle pas normal
les mots sifflont vraiment
dans les trous faisont mal

je peux même pis rire
car mon sourire y louche,
à l'écho yo soupire
que suis ouf et plus ouch

C'est pas de chance O.K
Anoueux moi suis tant
j'ai plus qu'à maisonner
ma belle plus n'm’attend

Pour su j'irons le voir
le terribleur dentiste
je le mordrons un soir
jusqu'à sa joue qui triste.


LES METIERS D’AVENIR


Compteur de gouttes d’eau.
Gardien d’icebergs.
Blanchisseur de nuages .
Eleveur d'ombres.

Acupuncteur pour hérissons.
Clown d'entreprise.
Pêcheur d'arêtes.
Passeur de temps.

Psychologue pour doudou.
Marieur pour toutous.
Surveillant pour robots.
Réparateur de vélo volant.

Chercheur d’air pur.
Semeur d’oasis.
Peintre en forêts.
Berger d’oiseaux.

Rêveur d’autres mondes ?
Sauveur de planète ?
Et si c’était toi ?


LE GRAND AVENIR




Tout n’est pas mort, te dit la nuit qui vient.
Il faut bien que la vie se repose.
Il faut que l’arrivée du jour soit encore une surprise,
que le mot aube demeure toujours un cadeau.

Rien n’est mort avec moi , dit la nuit.
Nuages filants ou étoiles ouvertes comme des huîtres,
soleil très couchant ou vraiment caché,
c ‘est à minuit pour nous le grand avenir.

Si tu ne me crois pas,
si tu penses que la mort arrive un peu le soir,
je te donne la pleine lune.
Même lointaine, elle ne brille que pour te dire :
- Attends, tu vois, le matin est presque là, lumineux dans mon cercle.


LA RENTREE ( version joyeuse )


On ne rentre pas dans sa coquille, dit l’escargot.
On ne rentre pas sous sa carapace, dit la tortue.
On ne rentre pas sous son nénuphar, dit le poisson.
On ne rentre pas dans sa niche, dit le chien.
On ne rentre pas dans son panier, dit le chat.
On ne rentre pas dans son terrier, dit le lapin.
On ne rentre pas dans son arbre, dit l’écureuil.
On ne rentre pas dans son nuage, dit l’oiseau.
Mais nous, on y va. On rentre maintenant.
On prend la voiture, le bus, le sentier, le chemin.
On prend les ailes ! La poudre d’escampette !
On part à l’école ! Bougez-vous ! Pouêt !
Chouette ! Pouêt ! On rentre à l’école !




















Trois suites indiennes

Trois séries de poèmes inédits sur l'Inde, pour un recueil de poèmes à venir. A la source de ces poèmes, cette confidence : "L’Inde est le pays qui m’a le plus fasciné. C’est celui que j’ai aussi le plus parcouru. Et pourtant, je n’ai pratiquement rien écrit sur lui: aucun livre pour enfants et moins d’une dizaine de poèmes, très allusifs. Pendant de nombreuses années, partagé entre l’attirance et l’incompréhension que ce pays suscite chez moi, j’avais coutume de dire que la beauté du monde me rendait muet, que l’Inde nous renvoyait surtout à nos silences. A la faveur de quelques rencontres ( dont celle du poète André Velter qui partage la même fascination que moi pour ce pays) et de lectures de littérature indienne, je me suis mis à écrire quelques textes et me suis rendu compte que ces textes venaient très vite, comme s’ils attendaient depuis longtemps de “trouver une issue”. Je pense qu’il m’a fallu dix ans pour m'approcher intérieurement de ce continent. Le fait de vivre la frustration de ne pas y être retourné ces dernières années y est évidemment pour quelque chose aussi... ".
Ce projet fait l'objet d'une bourse de la Communauté française de Belgique.


Ecrivain d'album

Quelques idées sur cette activité littéraire qui consiste à composer des textes pour les livres illustrés.